Utelek // Vues d’ensemble // Texte de Jessy Ducreux

UN ART DU PARADOXE

Alexis Debeuf a été accueilli les trois derniers mois de l’année 2011 à Bergen, en Norvège, dans le cadre d’une résidence artistique. Le titre de son exposition, « Utelek », signifie d’une part – ute – dehors, et d’autre part – lek – jouer : une manière localement répandue d’être à l’air libre et de s’en divertir, adoptée par Alexis Debeuf, que nous décelons au travers de ses travaux – sculpture, installation, performance, photographie, invention d’objet – sous une esthétique du divers équivalente à la transformation de ses promenades et de ses découvertes.

Le territoire de Bergen présente certaines caractéristiques. D’après son record de pollution atmosphérique, posté au carrefour de Danmarksplass où se trouvent les capteurs, Alexis Debeuf a réalisé une performance intitulée « Air ». Le va-et-vient du souffle esquissé, il gonfle un ballon bleu en miroir de la planète Terre, la pression se fait telle que nous attendons de le voir éclater. Ses paysages nés de l’érosion lui ont inspiré « Relief ». Une sculpture, dont la fragilité du matériau, des feuilles de papier à cigarette, évoque l’image d’une nappe captive, sensible au vent, composée de simili vallons, soumise aux aléas du climat.

Alexis Debeuf se détourne de la doxa, d’un ensemble larvé d’idées reçues, d’opinions, de préjugés. En visite à l’école d’architecture de Bergen, il a fixé une pelle et une balayette à sa paire de chaussures et, durant plusieurs heures, ainsi chaussé, il a balayé le sol que l’activité des étudiants recouvre de poussière, de choses et d’autres hors d’usage. L’action est sérieuse : la fin – doter de significations sensibles les détritus laissés pour compte d’un processus de construction – justifie les moyens – une sorte d’objet-truc, un bidule, un machin, une bricole insolite. Dans cette perspective, il crée des formes paradoxales en vue de provoquer un étonnement, de changer la donne. Quelques unes de ses pièces témoignent d’une critique à l’œuvre, dont « Ça va passer », contre le credo d’aller toujours plus loin, d’en faire toujours plus. Tout autant visible au travers de la série des « Cheap Signs For Luxurary Brands », pareille à une suite de « photographies trouvées », sur les indices d’une marchandise de luxe tombés sous le coup d’une usure sociale et économique.

Il valorise des matériaux élémentaires, récupérés, bruts, sans fioriture, qu’il utilise pour élaborer ses sculptures : du bois,présent en abondance à Bergen, du carton, ou de la laine qu’il tricote. La démarche d’Alexis Debeuf est protéiforme et contient en elle les égards qu’il accorde à la rencontre – l’amenant, par exemple, à une réflexion sur l’approche d’une langue étrangère ou sur le lien humain. Son exposition « Utelek » laisse perceptible la trajectoire d’un projet encore en mouvement.

Jessy Ducreux

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